Bordant le littoral Atlantique entre les villes de Safi au nord et d’Agadir au sud, la ville fortifiée d’Essaouira, riche d’une histoire, à la fois séculaire et passionnante, se veut un “haut lieu” du multiculturalisme, de la spiritualité et du vivre en commun, offrant, si besoin est, l’image éloquente d’un Maroc combien fier de son identité authentique et diversifiée.

Cette vocation religieuse et cultuelle d’Essaouira ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à de longs siècles de l’histoire. Depuis sa création en 1760, la ville de Mogador avait fondé toute sa démarche sur le brassage des cultures et des civilisations, et s’était dotée de nombre d’édifices religieux, à même de conforter sa position de choix comme havre de paix, de dialogue interculturel et de coexistence pacifique entre les religions.

L’histoire d’Essaouira se trouve intimement liée à celle d’anciens lieux de culte : Mosquées historiques, Zaouias (une quinzaine au total), ainsi que d’églises à l’image de l’Eglise Catholique Notre Dame de l’Assomption construite en 1936. Des lieux de culte bâtis, côte à côte, comme pour transmettre au monde l’image de ce que doit être le vrai vivre- ensemble.

Essaouira compte, en outre, des synagogues (au départ, quelque 37 synagogues au total). Actuellement, la Cité des Alizés dispose de deux synagogues à savoir “Slat Al Kahal” et “Slat Attia”. Celle-ci a été construite à la fin du 19è siècle, puis restaurée dans le cadre du projet “Bayt Dakira” (Maison de la Mémoire) porté par l’Association Essaouira-Mogador et réalisé en collaboration avec le ministère de la Culture.

Cette vocation religieuse d’Essaouira lui a permise, très tôt, de s’ériger en réceptacle d’une quinzaine de Zaouias, à l’instar de celle de Hamdouchia fondée au 18è siècle, la Zaouia de Sidna Bilal édifiée par la confrérie Gnaoua, la Zouia Regraguia, la Zaouia El Kadiriya (1777), la Zaouia Tijania, et la Zaouia Aissaoua.

Cette dimension religieuse, véritable socle de l’ADN de la cité de Mogador, fait que jusqu’à nos jours et dans une illustration exceptionnelle, Musulmans, Juifs, Chrétiens et autres se côtoient, se rencontrent, échangent et vivent en communion à Essaouira dans le respect mutuels des singularités et des différences, permettant déjà de parler de “l’Ecole d’Essaouira” en matière du vivre-ensemble.

L’intérêt porté à la promotion du champ religieux, à la vulgarisation des valeurs de paix et de coexistence pacifique et à la consolidation de l’image d’Essaouira, voire même du Royaume comme terre du vivre en commun, de communion et de partage, s’est concrétisé avec la visite historique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, le 15 janvier 2019 à “Bayt Dakira”, un espace spirituel et patrimonial de préservation et de valorisation de la mémoire judéo-marocaine, unique en son genre au sud de la Méditerranée et en terre d’Islam.

Dans la même lignée, la Cité des Alizés vit depuis quelque mois déjà au rythme du programme complémentaire de réhabilitation et de mise en valeur de l’ancienne Médina (2019-2023) qui mobilise des investissements de l’ordre de 300 millions de DH. Un chantier Royal d’envergure visant à préserver le cachet architectural de la ville de Mogador, à promouvoir son rayonnement culturel, cultuel et touristique et à améliorer les conditions de vie des autochtones.

Dans une déclaration à la MAP, le délégué provincial des Affaires islamiques, M. Karim Benabbad, a mis en avant la Haute Sollicitude dont le Souverain ne cesse d’entourer le champ religieux et ses préposés, citant, dans ce sens, l’exemple du chantier Royal de réhabilitation et de mise en valeur des anciennes médinas, dont celle d’Essaouira.

“Essaouira a bénéficié d’une première convention de réhabilitation impliquant le ministère des Affaires islamiques (Direction des mosquées) à travers six projets, à savoir la réhabilitation des Zaouias “Tijaniya”, “Derkaouia”, “Nassiriya” et “Al Kadiriya”, ainsi que les mosquées “Al Baouakhir” et “Ali Ben Daoud”, a-t-il poursuivi, notant que pour ce qui est de la convention relative au programme complémentaire de réhabilitation et de mise en valeur de la Médina d’Essaouira, elle concerne, entre autres quatre projets, à savoir la Zaouia “Regraguia”, la Zaouia “Al Kettania”, et les mosquées “Rahala” et “Haha”, avec une contribution du ministère des Affaires Islamiques de l’ordre de 5 millions de DH.

Ainsi, ce sont quelque dix lieux de culte au niveau de la ville d’Essaouira qui bénéficieront de travaux de réhabilitation et de mise à niveau, ce qui constitue “un grand gain” pour la cité des Alizés et ses habitants, s’est-il félicité, rappelant qu’Essaouira est une ville des mosquées, d’érudits et de préposés religieux, avec un total de 1.740 mosquées et 1.540 imams et prédicateurs.

Pour sa part, M. Hicham Dinar, Moqadem de la Zaouia El Kadiriya à Essaouira, a relevé que les Zaouias soufies disposent de rôles prépondérants au sein de la société depuis des siècles, notamment dans la consécration des principes de coexistence et du vivre en commun entre les religions.

Grâce à l’intérêt particulier qu’accorde Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, au champ religieux, ces Zaouias soufies ont réussi, de nos jours, à retrouver leur rayonnement d’antan, à l’image de la Zaouia El Kadiriya à Essaouira, qui bénéficie actuellement de travaux de réhabilitation et ne cesse de jouer, depuis sa création, un rôle considérable dans la promotion de l’islam tolérant et du juste milieu, a rappelé M. Dinar, également secrétaire général de la Rabita nationale des Zaouias Kadiriya au Maroc.

Dans la foulée, il a mis en avant l’importance du Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira qui met chaque année, côte à côte, Musulmans et Juifs, pour chanter, jouer de la musique et échanger dans la communion et le respect mutuel, rappelant son rôle majeur également dans la promotion des valeurs de paix, de tolérance et de vivre-ensemble.

De son côté, M. Hicham El Madi, président de l’association du soufisme hamdouchi, a mis en avant l’importance de la Zaouia Hamdouchia qui, au fil des siècles, avait joué un rôle de taille dans l’éducation psychologique, la lutte contre la violence et la xénophobie, et la promotion et la vulgarisation à Essaouira, des valeurs de paix, de tolérance, d’ouverture et de partage.

Dans la foulée, il a exhorté les autorités compétentes et les élus locaux à accorder un intérêt particulier à ce lieu de culte, en procédant à sa réhabilitation et à sa mise à niveau, afin qu’il puisse remplir le rôle qui est le sien dans l’éducation et la conscientisation de la société.

M. Hamza Jorti, président de l’Association Al Anouar Al Mohammadia pour la culture et l’art à Essaouira, a mis l’accent, quant à lui, sur la place qu’occupait la Zaouia Tijania d’Essaouira, à l’instar d’autres Zaouias soufies, dans la promotion de l’éducation religieuse et spirituelle de l’individu au sein de la société et la vulgarisation des valeurs et préceptes de l’islam tolérant, mettant en avant la place d’Essaouira comme espace de promotion des valeurs humaines d’ouverture, de partage et de dialogue.

In fine, avec cette vocation religieuse et spirituelle, couplée à la dynamique culturelle et artistique dense et soutenue, Essaouira, de par le message d’humanisme qu’elle ne cesse de diffuser au-delà même des frontières nationales, se dresse comme cette “boussole marocaine” dont le monde actuel a plus que jamais besoin.

 

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