L’Espagne a poussé un grand soupir de soulagement après l’approbation par le Congrès des députés (Chambre basse du Parlement) de l’investiture du candidat du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, comme président du gouvernement, qui a prêté serment, mercredi, devant le Roi Felipe VI d’Espagne,

Ce sont les quelque 167 voix des députés du PSOE, d’Unidas Podemos (extrême gauche) et d’autres petits partis qui ont permis à M. Sanchez d’obtenir la majorité simple requise -plus de oui que de non- lors d’un second vote d’investiture, tandis que 165 ont voté contre et 18 se sont abstenus.

Cette investiture censée sortir le pays ibérique d’une impasse politique de plus de huit mois intervient après un premier vote qui s’est déroulé dimanche dernier et durant lequel le chef du gouvernement sortant n’avait pas obtenu la majorité absolue (176 voix).

En ligne de mire pour le chef du PSOE : former un gouvernement de coalition “progressiste” avec Unidas Podemos, le premier depuis la fin de la dictature franquiste en 1975, ce qui met fin à plusieurs mois de paralysie politique dans laquelle s’est enlisée l’Espagne après l’échec des négociations pour constituer un gouvernement issu des législatives anticipées du 28 avril dernier.

En proie à l’instabilité politique depuis la fin du bipartisme en 2015, ce pays membre de l’Union européenne (UE) a connu deux élections législatives anticipées en 2019 – en avril et novembre – remportées par les socialistes mais sans majorité absolue.

Pour faciliter son investiture, le candidat socialiste avait scellé des accords avec le parti nationaliste basque (PNV) et la formation de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), après d’âpres négociations qui ont duré plusieurs semaines.

En échange de l’abstention des 13 députés de l’ERC, les socialistes se sont engagés à créer, dans un délai maximum de quinze jours après la formation du nouveau gouvernement, une table de négociation entre le gouvernement central et la Generalitat (exécutif catalan) pour trouver une solution au conflit en Catalogne.

En vertu de l’accord PSOE-ERC, les mesures qui seront proposées dans le cadre de cette table de négociation, qui doit agir “dans le respect des instruments et des principes qui régissent le système juridique démocratique”, seront soumises à la consultation des Catalans.

Cette alliance entre les socialistes et l’ERC a été durement attaquée par le Parti Populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite), troisième force politique du pays, qui ont accusé M. Sanchez de “trahison” envers la nation et de vouloir former un gouvernement qui dépend des indépendantistes.

De nombreux observateurs ont estimé que le paysage politique espagnol reste toujours fragmenté, d’autant plus que le nouveau gouvernement de coalition sera minoritaire, et il devra donc négocier rudement avec les autres formations politiques le vote de toutes les réformes qu’il compte mettre en oeuvre au cours des quatre prochaines années.

Dans leur programme de gouvernement, présenté fin décembre dernier, les socialistes et Podemos se sont engagés à défendre la justice sociale, lutter contre les inégalités, renforcer la cohésion territoriale, conquérir de nouveaux droits et libertés et à relever les défis liés notamment à la digitalisation et au changement climatique.

L’autre casse-tête du prochain exécutif n’est que la gestion de la question de la Catalogne. M. Sanchez a affirmé que le dialogue est “la seule voie possible” pour résoudre le “conflit” catalan, notant que “ce dialogue, toujours dans le cadre de la Constitution, sera une priorité absolue” pour son gouvernement.

Sur le plan économique, le futur gouvernement espagnol veut augmenter les salaires les plus faibles, élever le salaire minimum jusqu’à atteindre 60% du salaire moyen à la fin de la législature, interdire les amnisties fiscales, indexer les pensions de retraite sur l’inflation, encadrer les loyers et abroger partiellement la réforme du marché du travail, adoptée en 2012 par les conservateurs.

Les socialistes et Podemos ont aussi pris l’engagement de “respecter les mécanismes de discipline budgétaire”, sans pour autant donner aucun détail chiffré, alors que la Commission européenne avait averti l’Espagne, en décembre dernier, au sujet de son taux d’endettement public et privé, et de chômage élevé.

Le programme économique du gouvernement n’a pas été bien accueilli par la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE), qui a estimé que les mesures qui y sont incluses auraient un effet “très négatif” sur la création d’emplois et l’investissement dans le pays.

M.Sanchez compte annoncer, la semaine prochaine, la composition de l’équipe gouvernementale.

Bien que la reconduction de M. Sanchez à la tête du gouvernement mette fin à plusieurs mois d’impasse politique dans le pays, toutefois, cette législature s’annonce compliquée. Le nouvel exécutif devra chercher des appuis à chaque fois qu’il voudra faire adopter des réformes et des lois, et en premier lieu le projet de budget pour 2020.

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