Le spectre de nouvelles élections se profile de plus en plus à l’horizon en Espagne, où il reste moins de trois semaines aux socialistes pour parvenir à un accord de législature en vue de former un nouveau gouvernement, avec la persistance d’une impasse politique qui perdure depuis plus de quatre mois.

Après le rejet en juillet dernier par le Congrès des députés (Chambre basse du Parlement) de l’investiture du candidat du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, comme président du gouvernement, le pays ibérique semble s’acheminer vers de nouvelles élections législatives anticipées, qui seraient les quatrièmes en quatre ans, sauf si un accord est atteint entre le PSOE et Podemos (gauche radicale) pour former un nouvel exécutif d’ici le 23 septembre, date limite pour y parvenir.

Même s’il s’est engagé à tout faire pour former un gouvernement et éviter ainsi la tenue de nouvelles élections législatives le 10 novembre prochain, le président du gouvernement en fonction, Pedro Sanchez n’a pas, jusque-là, réussi à convaincre les autres formations politiques, notamment son allié principal Podemos, à soutenir son investiture à la tête d’un exécutif constitué uniquement de la formation la plus votée, à savoir le PSOE, et doté d’un programme “progressiste”.

Et pour concrétiser son ambition d’être reconduit au pouvoir, M. Sanchez avait entamé début août dernier une série de réunions avec des groupes sociaux et des organisations de la société civile, en vue d’établir un programme ouvert et formuler une proposition progressiste qui sera présentée au reste des formations politiques, dont Podemos, pour essayer de débloquer la situation et éviter la réorganisation des élections.

La réponse de Podemos n’a pas tardé à venir, en proposant aux socialistes de reprendre les négociations le “plus tôt possible” pour parvenir à sceller un accord de gouvernement de coalition, une offre qui a été vite rejetée par le PSOE en affirmant que l’échec de l’investiture de son candidat, Pedro Sanchez, en juillet dernier, a provoqué un sentiment de méfiance entre les deux formations et démontré qu’une coalition avec Podemos était “irréalisable”.

Le PSOE a ainsi assuré que les positions des deux formations sont restées “éloignées” sur de nombreuses questions d’Etat, dont la crise catalane, invitant Podemos à explorer d’autres formules, en vue de faciliter la formation d’un nouvel exécutif doté d’un programme “progressiste”.

Selon les médias, la réponse du PSOE à l’offre de Podemos semble aggraver la méfiance réciproque entre les deux formations et renforcer la sensation de fracture du bloc de gauche, d’autant plus que chacune des deux parties reste attachée à sa position et ne semble être prête à céder à ses exigences.

“La méfiance croissante entre les deux formations fait en sorte que la formation d’un nouveau gouvernement de coalition devient, jour après jour, impossible”, avait déclaré la vice-présidente de l’exécutif espagnol en fonction, Carmen Calvo.

Pour sa part, la porte-parole du conseil de coordination de Podemos, Noelia Vera, a relevé que le “pire des scénarios” possibles serait la répétition des élections, et que seule la formation d’un gouvernement de coalition peut mettre fin à la situation de blocage politique dans laquelle s’est enfoncée l’Espagne, après l’échec de l’investiture du socialiste Pedro Sanchez.

Quant aux partis de l’opposition, notamment le parti populaire (PP, droite) et Ciudadanos (centre-droit), ils ne cessent de réitérer leur refus de soutenir l’investiture de M. Sanchez.

Le PP est allé jusqu’à demander à Sánchez de se retirer s’il ne disposait pas des soutiens nécessaires pour être investi à la tête du gouvernement, appelant à proposer un “candidat alternatif” issu d’un consensus entre les forces politiques constitutionnalistes.

Pour le patronat espagnol, la répétition des élections ne serait pas dans l’intérêt du pays, en raison du ralentissement de l’économie mondiale et de la persistance de la guerre commerciale entre les Etats Unis et la Chine qui devraient affecter l’économie européenne, dont celle de l’Espagne.

“L’Espagne doit se doter d’un exécutif +modéré+ et +stable+, qui dispose d’une vision à long terme et sera capable de contribuer à la construction de l’avenir de l’Europe dans un contexte économique défavorable”, avait insisté le président de la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE), Antonio Garamendi.

Pour de nombreux observateurs, les marges de négociations entre les deux formations de gauche se rétrécissent jour après jour. Le secrétaire général du PSOE, qui va présenter ce mardi son programme de gouvernement, qui comporte 300 mesures ouvertes aux propositions de Podemos, ne compte se réunir avec le chef de la formation d’extrême gauche, Pablo Iglesias, que durant la deuxième semaine du mois de septembre, soit moins de quinze jours de la date buttoir du 23 septembre, selon les médias ibériques.

Les responsables de Podemos, dont le soutien semble incontournable, insistent toujours sur le fait que leur appui ne sera pas “gratuit” et que les socialistes ont plus à perdre qu’eux en cas de nouvelles élections.

Dans cette perspective, trois scénarios sont sur la table: un gouvernement de coalition de gauche, un exécutif constitué uniquement des socialistes et doté d’un programme progressiste auquel contribue Podemos, ou des élections anticipées le 10 novembre.

Selon les résultats du dernier sondage de “Sigma Dos”, publié lundi par le journal espagnol El Mundo, le PSOE obtiendrait 33,4% des voix (145 sièges au Congrès) en cas d’éventuelles élections législatives, devant le PP avec 19% des intentions de vote (78 sièges), Podemos (14,2%, 40 sièges), les libéraux de Ciudadanos (11,8%, 34 sièges) et Vox (extrême droite) avec 8,3% des suffrages (17 sièges). Des résultats qui ne résoudraient, en aucune manière, l’impasse politique dans laquelle s’est enlisée l’Espagne.

Le candidat du parti socialiste, vainqueur des dernières législatives du 28 avril avec 123 sur 350 sièges que compte le Congrès des députés, se trouve ainsi contraint de trouver un accord de coalition avec Podemos, ou de convaincre le PP et Ciudadanos de s’abstenir pour faciliter son investiture à la tête du gouvernement, faute de quoi de nouvelles élections devront être organisées en novembre prochain.

Bouton retour en haut de la page
Fermer