Les électeurs de Géorgie se rendaient aux urnes mardi pour une double élection qui scellera le sort du Sénat américain et dont l’impact sera décisif sur les premières années au pouvoir de Joe Biden, qui entend marquer la rupture avec Donald Trump.

“Les bureaux de vote sont ouverts. Votez!”, a tweeté le candidat démocrate Jon Ossoff qui, avec Raphael Warnock, espère créer la surprise et faire basculer le Sénat sous le contrôle des démocrates.

“L’avenir de notre pays est en jeu, c’est la dernière ligne de défense pour notre mode de vie”, a de son côté déclaré sur Fox News David Perdue, l’un des deux sénateurs républicains sortants avec Kelly Loeffler.

Le scrutin s’annonce serré et les résultats définitifs pourraient ne pas être connus avant plusieurs jours.

Au total 832 millions de dollars ont été dépensés dans la campagne, selon le Center for Responsive Politics, organisme indépendant retraçant l’utilisation de l’argent dans les campagnes.

Plus de trois millions d’électeurs, un nombre record pour une sénatoriale partielle en Géorgie, sur quelque sept millions d’inscrits, ont pu s’enregistrer et voter par anticipation.

La mobilisation est à la hauteur des enjeux avec les présidents élu et sortant dans le ring pour faire élire leurs candidats.

Ce “seul Etat peut changer la trajectoire non seulement pour les quatre années à venir, mais pour la prochaine génération”, a lancé Joe Biden lundi à Atlanta.

Une perspective inquiétant profondément les républicains qui ont agité le spectre d’un gouvernement “radical” et “socialiste” jusque dans les dernières heures de la campagne, marquée par un grand meeting de Donald Trump.

Ces élections partielles pourraient être “votre dernière chance de sauver l’Amérique telle que nous l’aimons”, a tonné le président républicain qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, plus de deux mois après l’élection.

Malgré ses pressions et son indignation, les autorités républicaines de la Géorgie soutiennent que la victoire de Joe Biden est avérée.

Mais à Dalton, fief rural et conservateur du nord-ouest de la Géorgie, les partisans du milliardaire venus le voir lundi soir se disaient convaincus qu’il a remporté la présidentielle, dénonçant comme lui des fraudes massives, qui n’ont pas été prouvées.

Ces allégations ne les empêcheront toutefois pas de voter mardi pour les sénateurs républicains, jugeant les enjeux trop importants.

“Parce que je crois en la liberté, et je ne crois pas au socialisme”, explique Kimberley Hauri, comptable âgée de 50 ans venue d’Atlanta voir Donald Trump.

Les deux sénateurs républicains partent en théorie favoris dans cet Etat conservateur.

S’il n’a pas remporté le premier tour, David Perdue était arrivé proche des 50% face à Jon Ossoff. Kelly Loeffler pourrait, elle, bénéficier d’un important report de voix d’un rival républicain qui avait divisé les soutiens au premier round contre Raphael Warnock, arrivé en tête.

Mais les démocrates ont espoir de l’emporter, galvanisés par la courte victoire de Joe Biden dans l’Etat le 3 novembre, une première depuis 1992.

Ils espèrent surtout une grande mobilisation des électeurs noirs, clé pour les démocrates. Des républicains modérés ou des électeurs indépendants pourraient en outre être découragés d’aller voter par toutes ces accusations de fraude, au détriment des républicains.

Les rares sondages montrent toutefois les candidats au coude-à coude.

Au lendemain de ces élections partielles, le Congrès se réunira pour enregistrer formellement le vote des grands électeurs en faveur de Joe Biden (306 contre 232).

L’issue de cette obligation constitutionnelle, qui relève d’ordinaire de la simple formalité, ne fait aucun doute.

Mais la croisade de Donald Trump donne à cette journée une tonalité particulière.

Si certains poids-lourds républicains, dont le chef des sénateurs Mitch McConnell, ont fini par admettre la victoire de Joe Biden, le président sortant peut encore compter sur le soutien indéfectible de dizaines de parlementaires.

A la Chambre comme au Sénat, ces élus ont promis d’exprimer leurs objections mercredi, et de faire résonner les allégations de fraude au sein même du Capitole.

Evoquant le vice-président Mike Pence, auquel reviendra le rôle protocolaire de déclarer Joe Biden vainqueur à l’issue de cette séquence, M. Trump s’est fait menaçant.

“J’espère que notre grand vice-président ne nous décevra pas”, a-t-il lancé. “S’il nous déçoit, je l’aimerai moins.”

Dans la rue, une grande manifestation de soutien à Donald Trump est prévue à Washington.

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