Une exposition exceptionnelle mettant en scène une collection d’œuvres plastiques de Slimane Drissi et de textes poétiques de Mbarek Raji a pris ses quartiers, mardi, à l’Espace “Dar Souiri” à Essaouira, pour le plus grand plaisir des passionnés de ces deux modes d’expression artistique dans la Cité des Alizés.

Placée sous le thème “Ce n’est pas exactement Noir, mais c’est Noir…”, cette exposition attrayante, mêlant art pictural et poésie, qui se poursuit jusqu’au 17 octobre, donne à découvrir et à admirer la dextérité artistique et la singularité de la création plastique et poétique de MM. Drissi et Raji, ainsi que la pleine mesure de leurs talents confirmés.

Organisée par l’Association Essaouira-Mogador dans le strict respect des mesures préventives recommandées par les autorités compétentes en vue d’enrayer la propagation de la Covid-19, cette manifestation se veut une déambulation passionnante dans l’univers esthétique de Slimane Drissi et de Mbarek Raji, à l’inspiration foisonnante qui se dégage pleinement de chaque tableau et de chaque écrit poétique.

Cette collection de toiles et de poèmes, qui habille les cimaises de la Salle d’exposition “Tayeb Seddiki”, offre donc aux visiteurs la joie d’apprécier la sensibilité créative et l’expression subtile du peintre et du poète, à travers des œuvres qui illustrent, dans un seul et unique espace, ce mariage très fin entre les couleurs, formes et traits des coups du pinceau du plasticien, et les mots et les vers du poète, créant ainsi une complicité très remarquable entre leurs œuvres respectives.

“Un océan de noirceur lumineuse sillonne l’expérience plastique de l’artiste Slimane Drissi et du poète Mbarek Raji : un raz de marrée submergé par toutes les significations esthétiques issues de l’attention apportée au quotidien, de la méditation mûrie, de l’imagination féconde, et parfois même devient le fruit d’une omission volontaire”, lit-on dans une note de présentation de cette “Création vivace”, signée par M. Brahim Al Haissan, esthète et critique d’art.

Cette “noirceur lumineuse m’a souvent conduit à prendre conscience de cette fraternité créatrice, initiée par les fréquentes rencontres qui se tissent entre les deux créateurs, portés par un rêve esthétique commun et circonstancié”, explique M. Al Haissan dans ce document, traduit par M. Hassan Laghdache, grand chercheur et critique d’art, ajoutant que “Souvent, les deux créateurs s’écoutent plus qu’ils parlent selon un mode silencieux, éloquent, harmonieux, ou selon une parole douce : un poète taciturne mais qui déborde de filature verbale et ne s’accomplit que lorsqu’il reconvertit par sa magie verbale les minerais du tissu en réponse à un geste pictural dynamique qui fait de l’œuvre la résultante d’une série orientée”.

Et de souligner que l’artiste Drissi “asperge ses œuvres d’une noirceur profonde à caractère synthétique selon le prisme d’une poétique symbolique qui suggère l’antagonisme chromatique du toucher poli et dont il se sert pour doter la surface du cuir avec des couleurs fragmentaires et dégradées: du noir foncé au bleu et au roux à degrés lumineux suggestifs, ancrés dans les traits naturels des couleurs primitives”.

“De là se dégage la trace spectrale qui fait contracter la vacuité et le plein. Dès lors, la noirceur constitue son ancrage spatio-temporel spécifique”, estime M. Al Haissan, affirmant que l’artiste, qui a fait de son œuvre l’expression d’un “geste créateur” grâce à la composition mixte (acrylique+mélange de sable, d’agile et de matériel d’érosion, de poudre de marbre, de minerais), voulait renforcer le caractère énigmatique et suspendu de l’œuvre d’art, en ayant recours à des rayures chromatiques et à un certain graphisme abstrait de chiffres et de dates que seul l’artiste en détient le sens.

Dans une déclaration à la MAP à cette occasion, MM. Drissi et Raji ont exprimé leur profonde joie de présenter ensemble leurs œuvres le temps de cette exposition, qui se tient dans une conjoncture exceptionnelle marquée par la propagation de la Covid-19, mais qui coïncide aussi avec l’annonce qu’Essaouira fait partie désormais du réseau mondial des villes créatives de l’UNESCO, ce qui dénote, ont-ils soutenu, l’effervescence créative et la richesse artistique qui caractérise l’inspirante Cité des Alizés.

Cette exposition, ont-ils indiqué, est le fruit d’un projet datant de très longtemps mais qui s’est cristallisé pendant la période du confinement sanitaire à partir du mois de mars dernier, après de nombreuses rencontres qui se sont déroulées dans le “temple” du peintre, ajoutant que leurs toiles et poèmes leur ont permis d’annuler toute frontière entre leurs deux mondes pictural et poétique.

Et MM. Drissi et Raji de conclure que les œuvres plastiques et les textes poétiques exposés à Dar Souiri seront très prochainement publiés avec une autre collection de leurs œuvres dans un seul ouvrage, qui sera agrémenté d’une étude critique de M. Brahim Al Haissan.

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