En pleine pandémie de coronavirus, le secteur touristique européen aux abois portait de grands espoirs sur la saison estivale pour sauver ce qui peut l’être, mais à l’heure de la rentrée, le bilan est loin du compte et les doutes sont nombreux pour les mois à venir.

Outre la situation sanitaire incertaine, la confusion au sujet des restrictions de voyage au sein de l’UE ainsi que les mesures imposées au départ ou au retour d’une destination (quarantaine, tests obligatoires…) ont dissuadé de nombreux voyageurs de s’aventurer hors de leurs périmètres.

Si les pays qui ont des marchés domestiques solides peuvent se réjouir d’avoir limité la casse, le constat est loin d’être le même pour d’autres Etats européens où l’activité touristique dépend largement des visiteurs étrangers.

La France, qui a lancé un appel à un été “bleu, blanc, rouge”, a notamment tiré son épingle du jeu face à la pandémie de Covid-19. Selon des données de l’Agence de développement touristique de la France (Atout France), même si seuls 53 % des Français sont partis en vacances entre juillet et août (contre 71 % l’été dernier), l’immense majorité des partants (94 %) a séjourné dans l’Hexagone.

Pour le secrétaire d’Etat français en charge du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, le dynamisme du marché domestique “a permis de compenser en partie la moindre arrivée” des visiteurs étrangers, faisant, toutefois, état “d’importantes disparités” entre les régions et les destinations touristiques.

Il évoque dans ce sens, le taux de fréquence des hôtels, qui s’élève au niveau national à 80 %, et culmine à 98 % sur le littoral, pour redescendre entre 27 et 29 % pour un cinq-étoiles en région parisienne.

Ce bilan contrasté est le même en Belgique, où la capitale Bruxelles qui dépend à 85% des arrivées des visiteurs étrangers comme d’autres grandes villes européennes, a été désertée cet été.

Avec un taux d’occupation ne dépassant pas 80% cet été, les établissements hôteliers bruxellois sont à l’agonie, et la situation ne semble pas près de s’arranger, le tourisme local ne pouvant pas compenser l’absence des touristes internationaux.

“La situation n’a jamais été aussi préoccupante. Tous les indicateurs sont en ce moment négatifs. Le mot catastrophe ne servirait plus à décrire la situation du secteur touristique bruxellois et peut-être d’autres grandes villes en général”, s’alarme Rodolphe Van Weyenberg, secrétaire général de la Brussels Hotel Association.

Les musées et les principales attractions bruxelloises n’ont pas plus attiré des foules cet été, le célèbre parc Mini Europe, n’ayant réalisé que 30 % de sa fréquentation habituelle, tandis que pour l’Atomium, monument emblématique de la capitale européenne, le nombre de visiteurs n’a atteint que 42% de la fréquentation habituelle en juillet et seulement 21% au mois d’août.

En revanche, les activités de plein air, les balades en nature et les séjours en gîte ont eu le vent en poupe cet été en Belgique, sans pour autant contrebalancer les pertes colossales accusées pendant le printemps.

Pour d’autres pays européens qui dépendent majoritairement des recettes touristiques, la situation est encore plus dramatique.

En Italie, l’été 2020 est “un été à oublier pour le tourisme”, avec 65 millions de nuitées estimées en moins par rapport à l’an passé en raison de la pandémie de Covid-19.

Certes, le nombre d’Italiens ayant pris des vacances cet été dans le pays transalpin a légèrement augmenté (+1,1%), mais le nombre de touristes étrangers a connu une chute massive (-65,9%), d’après une enquête du Centre d’études touristiques (CTS) de Florence.

Un coup dur pour l’économie italienne, alors que le tourisme représente quelque 13% du PIB du pays et plus de trois millions d’emplois.

En Espagne, où le tourisme a rapporté au pays 148 milliards d’euros de recettes en 2019, soit 12,3 % du PIB, les professionnels du secteur s’attendent à un manque à gagner de cent milliards d’euros cette année.

Et les espoirs de sauver les meubles lors de la saison estivale ont été tués dans l’œuf par le rebond de l’épidémie ainsi que par les quarantaines imposées par nombre de pays européens, à leur tête le Royaume-Uni.

Les Britanniques étant traditionnellement le premier contingent de touristes en Espagne (ils étaient environ 18 millions l’an dernier), cette mesure a donné le coup de grâce à la saison touristique dans le pays ibérique et les perspectives pour les mois à venir ne sont guère réjouissantes.

Ainsi, 70 % des employés des différentes branches de l’industrie touristique espagnole estiment que leur emploi est en danger, tandis que jusqu’à 79 % des entreprises touristiques ont été obligées de demander l’application d’un ERTE, un plan d’aide publique impliquant la suspension temporaire de contrats de travail pour des motifs techniques.

Une situation calamiteuse qui se répercute également sur les établissements hôteliers dont beaucoup n’ont pas rouvert leur portes après la période de confinement décrétée par les autorités espagnoles pour contenir la propagation du virus.

Ce constat chaotique est le même dans d’autres pays européens comme la Grèce et la Croatie, qui n’ont pas lésiné sur les moyens pour sauver la saison estivale, sans pour autant atteindre la moitié de leur chiffre d’affaires de 2019.

Après cette saison estivale ruinée par la pandémie, le pire est encore à venir pour les professionnels du tourisme en Europe, qui sont nombreux à craindre un naufrage alors que la survie de 2,4 millions d’entreprises et de quelque 27 millions d’emplois sont en jeu dans le Vieux continent.

Bouton retour en haut de la page
Fermer