Après un retour triomphal sur la scène politique de Colombie lors de la présidentielle de 2018, le parti du Centre démocratique (CD), fondé et dirigé par l’ancien président de la droite radicale, Álvaro Uribe (2002-2010), a subi une défaite cuisante lors des élections locales et régionales, organisées dimanche dans le pays sud-américain.

Le CD, qui a réussi à s’imposer sur la scène politique du pays dès sa création en 2013, tirant profit de l’aura de son fondateur, est considéré par l’ensemble des observateurs et analyses politiques colombiens comme étant le plus grand perdant du scrutin de dimanche au cours duquel 36,6 millions d’électeurs ont désigné les maires des villes ainsi que les gouverneurs des 32 départements et les membres des conseils municipaux.

La droite uribiste a ainsi subi sa pire défaite électorale lors des dernières années dont il lui sera difficile de s’en remettre de sitôt, estiment plusieurs observateurs.

Le CD a notamment été défait lors de la course aux mairies des grandes villes du pays. Il a non seulement échoué à s’imposer dans la course aux mairies de Bogotá (centre) et de Cali (sud-ouest), mais il a perdu la mairie de Medellín (sud-ouest), capitale de la région d’Antioquia, considérée comme un bastion historique de l’uribisme.

Né à Medellín en 1952, M. Uribe avait occupé brièvement le poste de maire de cette métropole en 1982 avant d’être élu gouverneur d’Antioquia pour la période 1995-1997.

L’élection de l’ex-sénatrice et militante écologiste Claudia Lopez (49 ans), de l’Alliance verte (centre-gauche), à la tête de la mairie de Bogotá (plus de 7,1 millions d’habitants) et la victoire du candidat du mouvement citoyen “Independientes” (indépendants), Daniel Quintero Calle (39 ans), à Medellín sont conçues comme un coup dur pour le parti au pouvoir et une défaite personnelle pour le sénateur Uribe, dont la cote de popularité a fondu après avoir atteint un sommet historique jamais égalé en Colombie, à la fin de son mandat présidentiel en 2010 (+80%).

Figure de proue de la droite dure hostile à la paix avec les guérillas, M. Uribe (67 ans) est poursuivi par la justice pour manipulation de témoins contre un opposant. Ses démêlés avec la justice ainsi que la désapprobation croissante par une large frange de la population (+60%) de la gestion du président Ivan Duque, en perte de vitesse dans les sondages, seraient à l’origine de cette “fessée électorale”, comme l’a qualifiée le journal de référence El Espectador.

A Bogotá, capitale où se dessine la politique du pays, le candidat uribiste, Miguel Uribe Turbay (33 ans) a dû se contenter d’une modeste 4e place loin derrière Claudia Lopez (Alliance verte), Carlos Fernando Galan, candidat du mouvement citoyen indépendant “Bogotá para la gente” et Hollaman Morris, candidat d’une alliance entre un mouvement citoyen indépendant et le parti de gauche Colombie humaine.

A Medellín, fief historique de l’uribisme, le candidat de la droite dure, Alfredo Ramos a été battu par un candidat indépendant presque novice en politique, Daniel Quintero Calle (39 ans). Le candidat du CD était pourtant donné favori par l’ensemble des sondages d’opinion.

A Cali, 3e ville du pays, l’ex-sénateur Jorge Iván Ospina, candidat d’une alliance entre le Parti libéral et l’Alliance verte, a été élu maire de la capitale du département de Valle del Cauca.

Le Centre démocratique a en outre essuyé un revers retentissant en remportant deux sièges de gouverneurs sur les 32 que compte le pays.

M. Uribe a reconnu cette défaite, aussi bien que le président Duque. “Nous avons perdu. Je reconnais cette défaite avec humilité. La lutte pour la démocratie n’a pas de fin”, a-t-il écrit sur son compte Twitter, après l’annonce des résultats de ces élections.

Quant à M. Duque, qui ne dispose pas de la majorité au Congrès et doit faire face à une opposition de plus en plus agressive, il a adopté un ton conciliant à l’égard des nouveaux maires et gouverneurs avec lesquels il doit composer sur plusieurs dossiers en affirmant qu’”au-dessus de tout, il y a la Colombie”.

“Ce gouvernement appartient à tous les Colombiens. Vous pouvez être certains, que vous trouverez en moi et en l’ensemble de l’équipe du gouvernement national, des alliés pour mettre en œuvre toutes les initiatives qui requièrent de manière responsable le concours de la nation”, a déclaré M. Duque.

Selon les observateurs, l’un des principaux défis du président colombien est d’entretenir des relations normales, basées sur la confiance, avec des acteurs politiques qui à compter du 1er janvier prochain auront leur mot à dire sur les décisions concernant la gestion et le développement du pays.

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