Reconduit pour un second mandat mais sans majorité, le Premier ministre Justin Trudeau a présenté un cabinet élargi à visage rassembleur et réconciliateur, dans une tentative de répondre aux exigences du Québec et au mécontentement de l’Ouest.

“Qu’il soit question de rendre la vie plus abordable pour la classe moyenne, de lutter contre les changements climatiques ou d’assurer la sécurité de nos communautés, nous travaillerons sans relâche pour le bien de tous les Canadiens”, a affirmé M. Trudeau sur un ton fédérateur en présentant mercredi son gouvernement à 36 membres.

Dans un souci de calmer la grogne des provinces de l’Ouest où les Libéraux, au pouvoir, n’ont élu aucun député, le chef de l’exécutif a nommé Jim Carr comme son représentant spécial “pour veiller à ce que la voix de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba soient entendue à Ottawa”.

En clair, Justin Trudeau fait un premier signe d’ouverture envers des provinces largement opposées aux choix du leader des Libéraux sur les dossiers du climat et de l’énergie. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a décidé de leur tendre la main en affirmant qu’il n’hésiterait pas à revoir certaines lois environnementales, mais aussi le cadre d’évaluation des projets énergétiques.

La question de l’unité nationale a été confiée à l’ex-ministre des affaires étrangères Chrystia Freeland qui récolte sans nul doute clairement les fruits de sa gestion réussie des négociations du nouvel accord de libre-échange nord-américain.

Mme Freeland devient ministre des Affaires intergouvernementales en plus de ses nouvelles fonctions en tant que vice-Première ministre.

“Sa désignation dans une position de force au niveau interne va être bon pour l’unité nationale, bon pour l’approche que nous adoptons pour rassembler le pays”, a déclaré M. Trudeau devant les journalistes.

C’est François-Philippe Champagne qui a hérité de son poste aux Affaires Étrangères. Elu de la province du Québec, Champagne renforce lui-aussi sa position après avoir déjà présidé aux destinées des ministères du Commerce international et des Infrastructures.

Il devra s’occuper notamment du dossier des relations entre le pays nord-américain et la Chine en proie à une crise diplomatique depuis l’arrestation en décembre à Vancouver d’une responsable du géant chinois chinois Huawei à la demande des autorités américaines qui l’accusent de fraude.

Depuis sa réélection, le Premier ministre canadien affirme avoir entendu le message des électeurs et qu’il prend acte des préoccupations des provinces de l’Ouest et du Québec.

Le Québec et l’Ontario s’assurent ainsi la part du lion dans le nouveau conseil des ministres du gouvernement minoritaire de Trudeau avec trois quarts des postes ministériels.

Le député québécois, Pablo Rodriguez, qui occupera la fonction de leader du gouvernement à la Chambre des communes, devra également agir à titre de lieutenant du Québec. Les Québécois «voulaient une voix plus forte », a affirmé M. Trudeau.

Autre fait notable, le député écologiste Steven Guilbeault prend les commandes du département du Patrimoine alors que les analystes s’attendaient à ce qu’il soit nommé à la tête du ministère de l’environnement.

En réaction à cette nomination, des environnementalistes ont exprimé leur déception de voir Steven Guilbeault, cofondateur de l’organisation Equiterre, écarté du ministère de l’Environnement et du Changement climatique.

Même son de cloche chez la chef intérimaire du Parti vert, Jo-Ann Roberts et le leader du Bloc québécois, Yves-François Blanchet qui ont aussi critiqué le choix du premier ministre.

En effet, les partis de l’opposition, avec lesquels M. Trudeau doit composer pour assurer la survie de son gouvernement minoritaire ont tous fustigé le nouveau conseil des ministres.

Outre la nomination de Steven Guilbeault au Patrimoine, M. Blanchet s’en est pris au lieutenant québécois du premier ministre, Pablo Rodriguez.

Le chef du parti conservateur, Andrew Scheer a pour sa part estimé que Justin Trudeau, en reconduisant les mêmes ministres, « a clairement démontré qu’il n’a rien appris de ces quatre dernières années», soulignant qu’il «ne va qu’intensifier les divisions qu’il a créées durant la campagne électorale ».

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh a préféré attendre de voir des gestes, notant que « les visages de ceux qui les poseront lui importent peu».

Paritaire, le nouvel exécutif compte 36 membres au lieu de 34 lors du précédent mandat du chef des Libéraux, contraint désormais de composer avec d’autres partis faute de majorité au parlement.

 

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