Après trois reports en plus de trois ans de négociations difficiles, le dénouement de la saga du Brexit est imminent, le compte à rebours étant d’ores et déjà lancé. Ce vendredi à minuit, le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’Union européenne après 47 ans de mariage tumultueux.

En ratifiant, lors d’une dernière séance pleine d’émotion, mercredi soir, l’accord qui scelle le divorce du siècle, le Parlement européen a dissipé définitivement toute incertitude, aussi infime soit-elle, quant à un éventuel revirement de situation. Il faut dire que les rebondissements qui ont rythmé jusqu’ici les négociations, et encore plus le processus de ratification beaucoup plus complexe du côté britannique, étaient aussi nombreux qu’invraisemblables que d’aucuns espéraient encore -voire craignaient, un nouveau coup de théâtre. Ce ne fut pas.

C’est donc résignés, et avec beaucoup de regret et d’amertume pour la plupart, que les eurodéputés ont pris part à ce vote ultime devenu inéluctable après le feu vert du Parlement britannique au Brexit et l’assentiment de la reine Elizabeth II, la semaine dernière.

Le vote, dont le résultat est sans appel (621 voix pour, 49 contre et 13 abstentions), s’est terminé sur les airs nostalgiques du chant écossais “Auld Lang Syne” (Ce n’est qu’un au revoir), entonné en chœurs par une assemblée très émue et en larmes, les mains attachées en signe d’unité et surtout plein d’espoir pour l’avenir, tandis que des élus du Parti national écossais jouaient de la cornemuse.

La séparation se fera dans le cadre d’un partenariat étroit avec le Royaume-Uni sans écarter la possibilité que le pays puisse un jour revenir à la famille européenne. Les uns fondant en particulier l’espoir sur la jeune génération pro-européenne qui aurait, selon eux, subit le Brexit et « la désinformation » menée par une campagne offensive des eurosceptiques, dont l’une des figures emblématiques, l’eurodéputé Nigel Farage, fondateur du parti du Brexit qui a remporté une large victoire lors des élections européennes, n’a pas hésité à se faire remarquer lors du débat à l’Hémicycle, en criant, dans son ton provocateur habituel, à la victoire du “populisme” face à la globalisation, ce qui lui a valu un rappel à l’ordre.

“Vous allez nous manquer”, disaient les remainers à l’adresse de leurs collègues britanniques qui s’apprêtaient, le cœur serré, à plier bagages, tout en les rassurant que “Ce n’est pas un adieu, mais juste un au revoir”.

“Je suis profondément attristé que nous en soyons arrivés à ce point. Cinquante années d’intégration ne peuvent pas se dissoudre aussi facilement”, a commenté le président du Parlement européen, David Sassoli, à l’issue du vote historique.

Mais les yeux déjà tournés vers l’avenir, il a insisté que “nous devrons travailler d’arrache-pied pour construire une nouvelle relation, en nous concentrant toujours sur les intérêts et la protection des droits des citoyens”.

“Rien ne sera simple. Il y aura des situations difficiles qui testeront notre future relation. Nous savions cela depuis le début du processus du Brexit. Je suis certain néanmoins que nous serons capables de transcender nos différences et de toujours trouver un terrain d’entente”, a-t-il souligné.

Priée de décrypter pour la MAP les prochains défis à relever lors des négociations post-Brexit, Marianne Dony, Professeure honoraire et présidente du Centre de droit européen relevant de Université libre de Bruxelles, a fait remarquer qu’ “il faut se rendre compte que ce n’est en réalité que le début des négociations”.

“Quand on parle de « hard » ou « soft » brexit, c’est des relations futures entre le Royaume-Uni et l’Union européenne qu’il s’agit. Là tout reste à faire”, a-t-elle dit.

Alors que les négociations ne devraient, selon elle, commencer que début mars au plus tôt, l’universitaire retient que le Royaume Uni a indiqué qu’il ne voulait qu’un accord de libre-échange, ne portant notamment pas sur les services financiers. “Cela va être très difficile et le seul accord que l’on peut espérer d’ici le 31 décembre, puisque le Royaume-Uni a annoncé qu’il ne demanderait pas de prorogation de la période de transition, sera un accord a minima visant à éviter le retour de droits de douane et de restrictions quantitatives pour les marchandises”, a-t-elle estimé.

Et d’ajouter qu’un échec est “très possible” car il sera question de thèmes très délicats, en particulier la pêche. Les autres questions, sécurité intérieure et extérieure notamment resteront pour plus tard, de l’avis de l’experte qui cite également la question de savoir si et à quelles conditions le Royaume Uni participera à l’avenir aux programmes en matière d’enseignement, de recherche notamment.

Sur les chances d’un éventuel retour en arrière sur le Brexit, la spécialiste de droit européen souligne qu’”une fois que le référendum a eu lieu, le wagon était lancé”.

“Certes la Cour de justice a jugé que le Royaume-Uni pouvait toujours faire marche arrière mais il n’y a pas eu de majorité au Parlement britannique pour organiser un nouveau référendum, dont le résultat aurait d’ailleurs été très incertain”, a-t-elle rappelé.

Et de conclure que “maintenant, la page se tourne le 31 janvier à minuit et si le Royaume-Uni veut un retour en arrière, certainement pas tout de suite mais peut-être dans un avenir plus lointain, il devra introduire une demande d’adhésion, qui devra être acceptée par tous les Etats membres de l’Union”.

Le 23 juin 2016, 51,89% des Britanniques avaient voté en faveur du Brexit lors d’un référendum convoqué par le Premier ministre conservateur pro-européen de l’époque, David Cameron, sous la pression des eurosceptiques de son camp et de la montée du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP).

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