Si le nombre des introductions en Bourse IPO (Initial public offering), réalisées au titre du troisième trimestre de 2020, a bondi au niveau mondial, malgré des niveaux de volatilité élevés dus notamment au Covid-19, l’activité au Maroc, d’ailleurs avec ou sans pandémie, n’a pas connu de changement.

D’après le dernier rapport Global IPO Watch du cabinet de conseil et d’audit PwC France et Maghreb, rien que sur la période juillet-septembre, 477 introductions en Bourse ont été comptabilisées dans le monde, levant un montant total de 116,7 milliards de dollars, contre 186 transactions pour 42,3 milliards de dollars au T2-2020.

Au Maroc, la dernière opération, réalisée par le groupe spécialisé dans la production des biens de consommation des ménages Mutandis, remonte au 18 décembre 2018, portant ainsi à seulement 76 le nombre de sociétés cotées à la Bourse de Casablanca. A deux mois de la fin de 2020, l’espoir d’avoir des introductions en Bourse s’est éteint.

En effet, malgré un potentiel important d’entreprises qui répondent aux critères d’introduction en Bourse et que la place casablancaise est classée cinquième dans la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) selon l’importance de capitalisation boursière et 3ème en termes de volumes des transactions au niveau du continent, les opérations d’IPO restent encore rares. Comment s’explique alors cette donne?

Selon Taib Berrada El Aziz, professeur à ESCA – Ecole de Management et expert-comptable, ce nombre faible des IPO s’explique par deux raisons. “La première est contextuelle au Maroc, à savoir la nature du contrôle des sociétés en général, familiales, et qui va persister à long terme. La seconde est conjoncturelle. La Bourse permet un financement avec une asymétrie d’information pour les actionnaires”.

Le professeur a précisé que cette asymétrie porte sur les opportunités d’investissement et la capacité de la société de les transformer en réalisation de bénéfice, mais aussi l’asymétrie sur la nature des décisions prises par les dirigeants et leur conformité aux attentes des actionnaires.

“Ce qui arrive c’est que plus l’incertitude s’accroît plus cette asymétrie s’intensifie et ce à tous les niveaux”, a relevé M. Berrada, soulignant que dans ce contexte, ni les sociétés ne sont-elles capables de définir une stratégie claire et visible pour les actionnaires ni ces derniers ne sont prédisposés à aller injecter leur épargne dans des investissements relativement plus risqués.

La crise de Covid-19 a donc plongé les acteurs de l’offre et de la demande dans une phase d’attentisme et donc de léthargie momentanée, a t-il ajouté, notant que dans le cas d’une “bourse dont la dynamique était déjà équivoque avant même la crise, l’avènement de la rupture engendrée par la Covid n’a fait qu’aggraver le doute et la méfiance des acteurs potentiels”.

Ainsi, d’après le professeur, il faut savoir reconstruire la confiance des acteurs à la fois à travers des actions d’encouragement de la reprise pour donner une meilleure visibilité aux entreprises et simuler leurs besoins de financement et de l’autre côté, donner plus de garantie de transparence aux investisseurs en renforçant le cadre institutionnel régulant la gouvernance et la communication financière des sociétés. “Il reste beaucoup à faire dans notre pays à ce niveau”, a t-il soutenu.

De son côté, le consultant financier chez “Arithmetica Advisory”, Mohamed Belkasseh, a fait remarquer que le Maroc compte plus de 1,8 million d’entreprises immatriculées. Le tiers est composé de personnes morales, soit près de 613.000, dont seulement 75 sont cotées à la Bourse de Casablanca, à raison de près d’une IPO par année.

Suivant ce raisonnement, a t-il poursuivi, il est évident que notre économie a besoin davantage d’investissement en entreprises capables de générer une valeur ajoutée intéressante mais encore d’adhérer aux principes de base relevant de la formalisation de processus de fonctionnement claires et d’un minimum de transparence vis-à-vis de leurs partenaires.

“C’est avec ce type d’opérateurs suffisamment abondants qu’on pourrait augmenter le nombre annuel d’IPO à la BVC”, affirme M. Belkasseh, également professeur à l’école nationale de commerce et de gestion (ENCG) de Settat.

“L’idéal serait à ce moment de développer, en parallèle, une sorte de réflexe chez nos épargnants particuliers ou professionnels de placer leurs disponibilités systématiquement en bourse. Le tout, couronné par un accès égal à l’information, fera de la BVC une image plus attrayante de notre économie aux yeux des investisseurs”, a t-il conclu.

Bouton retour en haut de la page
Fermer