L’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, déjà poursuivie pour avoir enfreint d’obscures règles commerciales et sanitaires, a été inculpée pour deux nouvelles infractions lundi, pendant que les tensions restaient vives dans le pays au lendemain de la journée de répression la plus meurtrière depuis le coup d’Etat.

Au moins 18 personnes ont été tuées dimanche par les forces de sécurité venues disperser des rassemblements pro-démocratie, selon les Nations Unies qui se basent sur “des informations crédibles”.

Tenue au secret depuis son arrestation le 1er février, Aung San Suu Kyi a comparu ce lundi en visioconférence et été inculpée pour violation d’une loi sur les télécommunications et “incitation aux troubles publics”, a indiqué l’avocat Nay Tu, membre de son équipe de défense.

Elle était déjà poursuivie pour avoir importé illégalement des talkies-walkies et ne pas avoir respecté des restrictions liées au coronavirus, des motifs jugés extravagants par les observateurs internationaux.

La prix Nobel de la paix 1991 semble “en bonne santé”, a relevé son principal avocat Khin Maung Zaw, qui n’a toujours pas été autorisé à la rencontrer. “Nous ne pouvons pas dire avec certitude combien d’infractions supplémentaires pourront lui être imputées. Tout peut arriver en ce moment”. Une prochaine audience est prévue le 15 mars.

Malgré la peur des représailles, les contestataires sont descendus de nouveau dans les rues et les tensions ont été vives.

Non loin de la tristement célèbre prison d’Insein à Rangoun, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants. Il n’était pas possible de savoir si les tirs ont été effectués à balles réelles ou avec des munitions en caoutchouc.

Dans d’autres endroits de la capitale économique du pays, certains contestataires ont érigé des barricades de fortune avec des panneaux de bois, des canapés et des poteaux en bambou pour se protéger.

“Je suis ici en première ligne (…) pour nos héros qui sont morts”, a expliqué un étudiant. “Je demande aux gens de prier pour nous, le pire peut arriver”.

La police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour tenter de disperser des manifestants, un média local faisant état de plusieurs blessés.

Après près d’un mois de mobilisation pro-démocratie avec des manifestations quotidiennes et une campagne de désobéissance civile, la riposte des autorités a été particulièrement sanglante dimanche avec des tirs à balles réelles rapportés par les secouristes.

On dénombre désormais une trentaine de morts dans les rangs des manifestants depuis le putsch du 1er février, d’après une ONG d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). L’armée affirme pour sa part qu’un policier a péri en tentant de disperser un rassemblement.

Des habitants sont descendus lundi dans les rues pour déposer des fleurs et allumer des bougies devant les portraits des victimes.

L’utilisation par la police et l’armée d’armes létales contre des manifestations largement pacifiques a suscité un nouveau concert de protestations internationales.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a condamné sur Twitter “la violence abominable des forces de sécurité birmanes”. “L’usage de forces létales (…) et les arrestations arbitraires sont inacceptables”, a réagi de son côté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

L’ambassadeur birman aux Nations unies, Kyaw Moe Tun, avait lui-même rompu quelques jours plus tôt de manière spectaculaire avec les généraux putschistes en appelant à “mettre fin au coup d’Etat” et à “rendre le pouvoir de l’Etat au peuple”. Il a été démis de ses fonctions par la junte.

 

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