Au terme de trois mois de négociations tendues pour la formation d’un gouvernement, la coalition des conservateurs du Parti populaire autrichien (OVP) et des écologistes “Alternative verte”, investie mardi, marque un tournant historique pour le pays et pour toute la région.

En annonçant dès le premier jour de 2020 l’aboutissement des négociations avec les Verts, le président de l’OVP et nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a confirmé le succès de son choix porté sur le parti écologique, marquant le début d’une nouvelle aventure pour sa deuxième expérience à la tête du gouvernement, favorisé par l’échec électoral de son ancien allié, le parti d’extrême droite (parti de la Liberté d’Autriche) et par le retour aux devants de la scène des problématiques environnementales et climatiques.

Avec cette alliance inédite, l’Autriche rejoint les pays européens dans leurs chantiers de reconstruction politique, marqués par la participation des partis écologiques au pouvoir exécutif, dans le contexte des efforts mondiaux croissants pour la protection de l’environnement.

Fort d’un résultat plus que probant lors des élections législatives anticipées de septembre dernier (37,5 pc des voix) et d’avoir échappé à la malédiction de l’affaire de la “vidéo d’Ibiza”, l’OVP a misé sur le parti écologique qui jouit d’un renouveau qui lui a permis d’être classé quatrième au scrutin (13,9 pc), malgré les divergences notables dans leurs idéologies et leurs programmes électoraux.

Ce choix a provoqué plusieurs désaccords entre les deux formations politiques lors des négociations pour la formation d’une coalition, exprimés par les dirigeants des deux partis, Sebastian Kurz et Werner Kogler, qui ont souligné que les négociations n’étaient pas faciles en raison des avis divergents des deux partis, mais ils avaient privilégié la sagesse et la responsabilité politique afin de surmonter ces différences pour l’avenir de l’Autriche.

Bien que le président des Verts et vice-chancelier autrichien, Werner Kogler, ait souligné le danger de l’aventure gouvernementale avec l’OVP, il a également noté qu’il s’agit d’une expérience de gouvernance pionnière en Europe dans le contexte de la transformation politique que connait le continent et qu’il ne faut pas rééditer l’affaire de la “vidéo d’Ibiza” ni permettre à Sebastian Kurz de revenir à une alliance avec l’extrême droite.

Le programme de la coalition gouvernementale, présenté par les deux partis le 2 janvier dernier, s’articule autour de quatre questions fondamentales pour les deux formations politiques qui ont été au centre des négociations, et a été la cible de critiques adressées particulièrement au parti écologique concernant d’éventuelles concessions dans les domaines de l’immigration et de l’intégration.

Dans ce contexte, le nouveau gouvernement de 17 ministres a promis, entre autres, d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, de promouvoir des mesures de durabilité et de protection du climat à travers le “super ministère” de l’Environnement, des Infrastructures et du Transport, la poursuite de la politique de réduction des impôts et de durcissement des procédures d’asile et la lutte contre l’immigration illégale, enjeu central pour le nouveau chancelier pour garder la confiance des électeurs autrichiens.

Les Verts ont été les plus critiqués vis-à-vis de ce programme gouvernemental, notamment à cause de la participation minoritaire du parti dans un gouvernement dominé par l’OVP (12 ministères sur 17), et la “faiblesse” supposée du chef du parti écologique face à la politique “dure” de M. Kurz dans le domaine de l’immigration et l’asile.

Le jeune chancelier a, de son côté, démontré à travers cette alliance sa “flexibilité politique”, car il ne s’est pas soucié des orientations politiques mais de l’intérêt public et de l’agenda international, en choisissant les Verts après son expérience de coalition avec l’extrême droite.

Après avoir occupé le poste de plus jeune ministre des Affaires étrangères du monde en 2013, de chef de l’OVP et de chancelier autrichien, M. Kurz est perçu comme “un conservateur modéré” adepte du “marketing politique” et des tendances politiques mondiales, selon un portrait dressé par le quotidien “Kronen Zeitung”.

Malgré le fait que les Verts ont été les plus farouches opposants à sa politique dure en matière d’immigration, le nouveau chancelier a promis que la nouvelle coalition sera “stable et plus pratique”.

Entre la particularité de l’expérience et les enjeux risqués, le gouvernement OVP et Alternative verte pourra soit ouvrir les perspectives d’une expérience politique européenne et internationale de premier plan, réunissant deux camps contradictoires, soit finir sur l’échec d’une expérience politique obéissant à la réalité des mutations politiques au niveau national et international.

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