Décidemment aucune potion ne semble réussir pour faire sortir l’Afrique du Sud, deuxième puissance économique africaine, d’un cycle de ralentissement économique qui s’enlise et donner espoir aux millions de citoyens qui rêvent d’une société égalitaire.

De l’avis de la Banque centrale sud-africaine, l’actuel cycle est le plus long que le pays de Nelson Mandela ait connu depuis 1945. Le pays a entamé en juin dernier son 67è mois d’affaiblissement, lit-on dans le dernier bulletin trimestriel de la Reserve Bank, l’une des institutions les plus respectées du pays.

L’actuel cycle est comparable à celui que l’Afrique du Sud a vécu entre 1989 et 1993 quand Pretoria avait prolongé l’état d’exception en prélude aux premières élections multiraciales de 1994, marquant la fin officielle du régime de la ségrégation raciale.

Les institutions financières nationales et internationales s’attendent à une aggravation de la crise. Le Fonds monétaire international (FMI) a enfoncé le clou, quand il a annoncé, mardi, la révision à la baisse de ses prévisions de croissance pour le pays.

Le Fonds estime que l’économie sud-africaine devrait enregistrer une croissance de 0,7% sur toute l’année 2019 contre une prévision initiale de 1,2%.

L’institution de Bretton Woods explique cette morosité par un climat social tendu ponctué par des grèves, résultat de l’absence de progrès pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

Les déficits sociaux s’aggravent dans le pays arc-en-ciel avec un chômage qui avoisine 30% de la population active. Le taux grimpe, de l’aveu même du président Cyril Ramaphosa, à plus de 50% parmi les jeunes. La pauvreté touche, quant à elle, plus de 55% de la population estimée à 58 millions d’âmes. Cette détérioration continue semble périlleuse à la position de l’Afrique du Sud sur l’échiquier continental.

D’après le FMI, la croissance en Afrique subsaharienne sera de loin supérieure à celle de l’Afrique du Sud, le Fonds prévoyant une expansion de 3,4% pour la région en 2019.

Il s’agit d’un coup dur pour Ramaphosa sur lequel reposaient les espoirs des Sud-Africains pour repositionner le pays sur une trajectoire de croissance durable et soutenue, capable de répondre aux grands défis qui attendent cette jeune nation d’Afrique australe.

Arrivé au pouvoir en février 2018 en remplacement de son prédécesseur, Jacob Zuma, éclaboussé par une série de scandales politico-financiers, Ramaphosa avait fait montre d’un grand enthousiasme pour faire sortir le pays de sa crise.

Il a, dans la foulée, multiplié les initiatives, aux niveaux national et international, pour donner le coup de fouet nécessaire à l’économie. Cependant, cet élan semble avoir perdu beaucoup de son dynamisme depuis les élections générales de mai dernier que le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) a remportées sur le score de 57,5% des suffrages, soit la plus faible performance depuis 1994.

Les analystes politiques ont relevé un certain blocage qui s’est installé depuis ce scrutin sous le coup des divisions au sein de l’ANC.

Les Sud-Africains attendent toujours la concrétisation des objectifs et des promesses étalés par Ramaphosa lors de la campagne électorale, notamment une redistribution des terres aux paysans noirs pauvres, une relance du Plan National de Développement, en particulier la promotion de l’emploi.

Pour ces Sud-Africains, la stagnation continue de la croissance économique suscite frustration et inquiétude que l’élection de Ramaphosa n’a pas réussi à apaiser.

Les analystes se rendent compte que les grands espoirs que les Sud-Africains nourrissaient avec le départ de Zuma et l’arrivée au pouvoir de Ramaphosa «n’étaient pas réalistes».

«Les problèmes dont souffre l’Afrique du Sud sont tellement graves qu’ils ne peuvent être résolus en un court lapse de temps», juge Kevin Lings, économiste-en-chef au sein de Stanlib, une firme de gestion d’avoirs basée à Johannesburg.

L’analyste note que les Sud-Africains doivent être réalistes dans leurs attentes en ce qui concerne les perspectives du pays à court et moyen termes.

Les pertes subies par le pays durant la dernière décennie sont énormes, estime l’expert, dont l’analyse rejoint celle du président Ramaphosa, qui avait qualifié de «décennie noire» les derniers dix ans de l’histoire du pays. Les analystes s’accordent que la remise du pays sur les rails sera un exercice à la fois compliqué et long.

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