Le gouvernement sud-africain, dirigé par le Congrès National Africain (ANC), se prépare à présenter son budget de mi-mandat vers la fin du mois d’octobre. Un exercice pour le moins compliqué dans un pays qui s’enfonce dans une crise économique interminable.

Avec des entreprises publiques devenues un fardeau en raison d’une mauvaise gouvernance et une corruption de longue date et une croissance économique presque au point mort depuis plus de 10 ans, le pays arc-en-ciel se trouve dans une situation financière délicate.

La situation s’empire sur fond d’un chômage qui frappe presque 30% de la population active, selon les chiffres officiels, et d’une pauvreté touchant plus de la moitié de la population globale du pays (environ 58 millions d’âmes), le président Cyril Ramaphosa et son équipe dirigeante ne semblent pas avoir beaucoup de choix.

Dans un tel environnement, les revendications sociales s’accentuent. Les manifestations contre la dégradation des conditions de vie sont devenues quotidiennes à travers le pays.

La situation met le gouvernement sous d’énormes pressions pour mettre en œuvre les réformes nécessaires afin de repositionner le pays sur une trajectoire de croissance économique aussi durable qu’inclusive pour les larges franges de la société restées exclues du processus de développement plus de deux décennies après la fin du régime de la ségrégation raciale.

“Le temps vraiment presse”, observe Isaac Matshego, économiste à Nedbank, une des grandes banques de la place financière de Johannesburg.

“A l’heure actuelle, la première priorité pour le gouvernement devrait être de stabiliser les importantes entreprises publiques, non seulement parce qu’elles échouent sur le plan opérationnel, mais aussi parce qu’elles représentent un lourd fardeau pour les finances publiques”, indique-t-il.

Les engagements exprimés par Ramaphosa depuis son arrivée au pouvoir en 2018 sont restées lettre morte. A en juger de ses sorties, le chef d’Etat semble conscient de la nécessité de mettre en œuvre des réformes structurelles pour raviver l’économie.

Cependant sa marge de manœuvre demeure réduite en raison des divisions au sein de l’ANC et de l’opposition des influents syndicats, notamment le COSATU, et du parti communiste. Ces derniers forment avec l’ANC une alliance tripartite ayant permis au parti de Nelson Mandela de se maintenir au pouvoir depuis 1994, date du démantèlement du régime de l’apartheid.

L’affaiblissement de la croissance économique, qui ne devrait pas dépasser 0,6% cette année, selon les prévisions de la banque centrale sud-africaine, et l’absence de réformes frustrent les investisseurs.
La confiance des opérateurs économiques dans les perspectives d’avenir de l’Afrique du Sud est actuellement à son niveau le plus bas depuis 1985.

Pour sortir de cette situation, le ministre des Finances, Tito Mbweni, a dévoilé en août dernier les grandes lignes d’une nouvelle stratégie visant à redynamiser la croissance et promouvoir l’emploi.

Cette stratégie, qui devra se traduire dans le très attendu budget de mi-mandat, est le fruit d’un examen approfondi des moyens de mettre fin au ralentissement économique et renforcer la compétitivité de l’économie, avait alors dit l’argentier sud-africain.

Le Trésor du pays estime que la stratégie, en cas d’une mise en œuvre efficace, pourrait ajouter 3 points annuellement à la croissance économique et créer un million de postes d’emploi.

Il s’agit d’objectifs jugés “trop ambitieux” par les analystes, eu égard aux énormes problèmes structurels dont souffre l’Afrique du Sud.

A ce niveau, la situation intenable des entreprises publiques se présente comme un des obstacles majeurs. Le cas de la compagnie nationale d’électricité (ESKOM) est très édifiant dans ce contexte.

La compagnie, qui fournit 95 pc des besoins du pays, souffre sous le fardeau d’une dette dépassant 30 milliards de dollars. Poussée au bord de l’effondrement par une gestion catastrophique depuis 1994, ESKOM est désormais considérée comme “un danger” pour l’économie sud-africaine.

Pour la maintenir à flot, le gouvernement est acculé à injecter des milliards de rands dans la compagnie au moment les finances du pays sont à bout de souffle.

Les analystes argumentent que le plan de relance proposé par Mboweni, qui prévoit l’ouverture du capital des entreprises publiques au secteur privé, requiert une volonté politique.

Cette volonté semble faire défaut dans le pays avec l’opposition affichée par les syndicats aux réformes envisagées par l’Administration Ramaphosa.

“Ramaphosa est conscient qu’il doit commencer à prendre les choses en main d’autant plus que le temps presse”, commente Susan Booysen, directrice de la recherche à l’institut Mapungubwe de la réflexion stratégique.

Les prochaines semaines devront montrer jusqu’où Ramaphosa peut aller pour briser les remparts solides de résistance au sein de l’ANC pour mettre en œuvre des réformes qui semblent plus que jamais salutaires pour l’avenir du pays, indiquent les analystes.

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