Les tensions raciales ont refait surface en Afrique du Sud suite à une vague d’attaques meurtrières perpétrées en particulier contre les fermiers blancs, menaçant ainsi de rompre l’équilibre fragile entre les composantes ethniques de la nation arc-en-ciel.

Depuis l’assouplissement, en juin dernier, du confinement mis en place pour mitiger la propagation de la Covid-19, le nombre de meurtres perpétrés contre les éleveurs et les propriétaires de fermes en Afrique du Sud a connu une hausse notoire, dont le dernier en date est celui du jeune fermier Brendin Horner.

La découverte, début octobre, du corps inanimé de Horner (21 ans) dans une exploitation agricole située dans la Province du Free State (centre), a suscité une vague d’émois dans le pays et amené un grand nombre d’agriculteurs à descendre dans la rue pour protester contre l’insécurité qui prévaut dans les zones rurales.

Ainsi, une centaine de manifestants a pris d’assaut le palais de justice de la petite ville de Senekal, située à près de 300 km au sud de Johannesburg, à la recherche des deux suspects qui devaient être auditionnés par le tribunal, causant des dégâts dans les biens publics et incendiant une voiture de police.

Mais les tensions ne se sont pas arrêtées là. Vendredi dernier, alors que l’un des suspects du meurtre du jeune fermier devait comparaître devant le tribunal de Senekal, des membres du parti Economic freedom fighters (EFF) et un groupe de fermiers se sont rassemblés à l’extérieur du bâtiment dans une atmosphère très tendue qui avait fait craindre le pire.

Selon le ministre de la Police, Bheki Cele, près de 2.500 membres du l’EFF ont été présents contre environ 600 éleveurs blancs.

Le chef du l’EFF, Julius Malema, qui s’est exprimé devant ses partisans, a fait savoir que la raison pour laquelle il avait appelé à cette manifestation était de se souvenir de la détresse des noirs et à exiger des excuses de la part des blancs.

Malema a déclaré à la foule qu’il n’y a pas de meurtres dans les fermes sud-africaines, notant que les affirmations selon lesquelles les criminels ciblaient les fermiers étaient juste une exagération.

De son côté, le parti d’opposition à majorité blanche, Freedom Front Plus (FF+), a souligné que ceux qui ne prennent pas les meurtres des fermiers au sérieux sont dans le déni de la réalité et la perception qu’ils véhiculent aggrave le problème dans le pays.

Le parti a ainsi déposé une plainte auprès de la Commission sud-africaine des droits de l’Homme contre le chef de l’EFF et les membres de son parti, qui ont été entendus en train d’entonner des chansons incitant à la violence lors des manifestations de Senekal.

Les Syndicats de fermiers en Afrique du Sud ont depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme face à cette situation d’insécurité ressentie par les propriétaires des fermes dans ce pays d’Afrique australe, soulignant que le gouvernement sud-africain doit déployer davantage d’efforts pour protéger cette couche de la population.

Le syndicat des fermiers TLU a ainsi pointé du doigt le gouvernement pour son “manque de volonté ou son incapacité” d’assurer la sécurité des citoyens.

“Les Sud-Africains ne sont pas en sécurité que ce soit chez eux, dans les lieux de travail, en vacances, dans les villes, dans les villages, dans les zones rurales ou dans les fermes”, a indiqué le président de la TLU, Henry Geldenhuys, soulignant que “les agriculteurs sont en première ligne dans la guerre contre le crime en Afrique du Sud”.

Au lendemain de ces incidents, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a appelé au calme, soulignant que les tensions raciales qui se sont déclenchées durant les dernières semaines rappelaient tristement que l’Afrique du Sud est toujours en convalescence du régime de l’apartheid.

“Il serait naïf de partir du principe que les relations raciales dans les zones rurales sont harmonieuses depuis l’avènement de la démocratie”, a regretté Ramaphosa, notant que “ce qui s’est passé à Senekal montre à quel point le brasier de la haine raciale peut facilement être allumé”.

Comme l’avait souligné Tinyiko Maluleke, chercheur à l’Université de Pretoria, loin d’être un cas isolé, les événements de Senekal témoignent de l’échec du modèle démocratique sud-africain né il y a 26 ans après la fin du régime de ségrégation racial.

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