L’Afrique du Sud, pays fragilisé par une crise économique de longue date, se trouve sous la menace directe d’une famine, en raison de la pandémie du coronavirus qui a décimé une économie au bord de l’effondrement total.
Environ huit semaines après le confinement décrété par le gouvernement du Congrès National Africain (ANC) pour freiner la propagation de la pandémie, l’économie ne cesse de s’enfoncer dans la crise, avec des pertes quotidiennes allant jusqu’à 13 milliards de dollars.
Le pays, qui se trouvait en récession avant l’arrivée du Covid-19, devra enregistrer une contraction de son Produit Intérieur Brut allant jusqu’à plus de 15 pc. Il s’agit d’une situation qui devra entrainer la perte de plusieurs millions d’emplois, avec tout ce que cela comporte en termes d’aggravation de la pauvreté.
A Gauteng, hub économique et financier du pays, les responsables provinciaux s’attendent à une hausse sans précédent de la pauvreté et du chômage. Le Premier ministre de la province, David Makhura, compare la situation actuelle dans ce cœur battant de l’économie sud-africaine à celle de la Grande Dépression de 1929.
Dans un tel climat de détresse, les appels se font de plus en plus entendre pour une intervention solide et efficace du gouvernement pour venir en aide aux populations en situation de vulnérabilité.
« Tout porte à croire que l’année 2020 sera celle de la dévastation », estime l’analyste Tebogo Ngoma, mettant en garde que de nombreux Sud-Africains sont désormais menacés de famine.
Au moment où le Covid-19 se propage, approfondissant la vulnérabilité, de plus en plus de personnes feront face à la famine dans le pays, indique-t-il.
Les rapports émanant des centres de recherche du pays corroborent cette affirmation. Une étude réalisée par le Human Sciences Research Council (HSRC) et l’université de Johannesburg, a montré que 28 pc des Sud-Africains n’arrivent plus à trouver les moyens d’acheter des produits alimentaires en raison du confinement.
Une autre étude du département gouvernemental de la statistique a, pour sa part, indiqué que 93,2 pc des Sud-Africains sont préoccupés par l’effondrement de l’économie et l’impact de cet effondrement sur leur vie plus que par la pandémie elle-même.
Dans les grandes artères de Sandton, quartier financier de Johannesburg, les scènes de désolation sont palpables. Aux feux-rouges comme à l’entrée des grandes surfaces, des centaines de personnes sont venues renforcer les rangs des mendiants, qui défient les règles de confinement pour demander de l’aide aux passants.
L’Afrique du Sud postapartheid qui se targuait de son « solide » système de protection sociale se trouve désormais confrontée à une situation inédite. La mauvaise distribution des aides alimentaires décidées par le gouvernement pour alléger les souffrances des populations dans le contexte du Covid-19, a suscité la colère des populations.
Dans la plupart des cas, ces aides déjà insuffisantes ne parviennent jamais aux foyers pauvres. De nombreuses manifestations sont organisées quasi-quotidiennement dans le pays pour protester contre cette situation.
Dans les townships, ces vastes ceintures de pauvreté et de marginalisation entourant les grandes métropoles du pays, la situation est plus grave. Dans ces zones, les manifestations des pauvres prennent l’allures de véritables scènes de guérillas. Une situation qui a poussé les autorités à faire appel aux forces armées pour maintenir l’ordre
Le gouvernement se trouve dans une situation peu tenable. Prises entre le marteau du Covid-19 et l’enclume de la crise économique, les autorités sud-africaines semblent obligées d’ouvrir l’économie quoique timidement.
« Nous n’avons pas le choix, nous devons relancer l’économie. Les gens doivent pouvoir travailler, pouvoir manger », indique le ministre de la Santé, Zweli Mkhize.
Il s’agit d’une décision porteuse d’énormes risques avec les mises en garde même des conseillers scientifiques du gouvernement. Pour ces derniers, le pire est à venir en ce qui concerne la pandémie. Selon leurs estimations, le pays devrait atteindre un pic d’ici 3 ou 4 mois, avec plus d’un million de contaminations et entre 45.000 et 48.000 morts d’ici le mois de novembre prochain.
Les syndicats estiment qu’en acceptant un assouplissement du confinement vers la fin du mois de mai, l’exécutif sud-africain cède aux pressions de l’Alliance Démocratique, principal parti de l’opposition, qui menace de saisir la justice pour lever le confinement de peur que la pauvreté ne tue plus que le Covid-19. (MAP)

Bouton retour en haut de la page
Fermer