De nouveau l’Afrique du Sud est emportée par des violences contre les ressortissants subsahariens, venus au pays de Nelson Mandela en quête d’un lendemain meilleur promis par la nation arc-en-ciel.
Le pays brûle depuis la semaine dernière. A Pretoria, la capitale, de violentes manifestations ont eu lieu dans le centre de la métropole. Des centaines de Sud-Africains ont attaqué, pillé et incendié les commerces tenus par des ressortissants africains.
La violence a fini par gagner Johannesburg, le hub économique et financier du pays. Depuis dimanche, de nombreux commerces ont été vandalisés dans de macabres scènes de violence. Selon les autorités, quatre personnes ont été tuées dans ces violences.
L’intervention des services de l’ordre a été critiquée par les associations de la société civile, dont certaines vont jusqu’à accuser la police de complicité dans ces graves incidentes qui prennent pour cible les ressortissants africains.
La nouvelle vague xénophobe avait commencé il y a quelques mois au Kwazulu Natal, fief du Congrès national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994), quand des Sud-Africains arrêtaient les chauffeurs étrangers et brulaient leurs véhicules.
Les violences qui se poursuivent à Johannesburg touchent de nombreux quartiers, notamment l’ancien centre financier de l’ère de l’apartheid, le CBD, où de nombreux immigrés africains ont élu domicile ouvrant de nombreux magasins.
Dans les autres régions de Johannesburg, y compris à Sandton, quartier financier de Johannesburg, la situation demeure très tendue. De nombreux magasins ont fermé et les ressortissants étrangers évitent les lieux publics, un comportement qui témoigne de la peur qui règne sur la ville.
Au pays de Nelson Mandela, ces violences contre les étrangers sont récurrentes. En 2008, 62 ressortissants subsahariens ont été tués par des Sud-Africains emportés par la haine xénophobe. En 2015, une nouvelle vague a déferlé sur le pays faisant une dizaine de morts dont certains torturés et brulés vifs dans des scènes qui rappellent des pratiques moyenâgeuses. Des milliers d’Africains ayant eu la chance de fuir ces violences, ont été humiliés, déplacés et chassés du pays.
Ces violences qui se répètent font bel et bien de l’Afrique du Sud, un pays peu accueillant, notamment pour les Africains, s’insurgent les analystes.
Dans les rangs de la communauté africaine, on dénonce le comportement du gouvernement, accusé de faire des immigrés un bouc émissaire de la crise économique qui frappe l’Afrique du Sud.
Des responsables politiques sont pointés du doigt pour avoir incité à la violence contre les immigrés pour esquiver les critiques au moment où le pays s’enlise dans une crise économique interminable.
Cette crise a eu comme effet d’aggraver le chômage dans le pays qui atteint désormais presque 30 pc de la population active du pays, selon les chiffres officiels. Elle a également amplifié la pauvreté et les inégalités sociales, qui demeurent l’une des plus élevées au monde.
Dans cet environnement délétère, les immigrés notamment africains sont accusés d’avoir «volé» aux sud-africains des emplois devenus rares.
Les nouvelles violences interviennent au mauvais moment pour l’Afrique du Sud qui se prépare pour accueillir cette semaine le Forum Economique Mondial sur l’Afrique, avec la participation d’au moins 28 pays.
Elles interviennent aussi à la veille d’une visite très attendue en octobre prochain du président nigérian, Muhammadu Buhari.
Accusés de fomenter le crime en Afrique du Sud, des ressortissants nigérians ont toujours été pris pour cible durant les différentes vagues de xénophobie en Afrique du Sud.
En 2015, le Nigeria avait rappelé son ambassadeur à Pretoria pour protester contre le manque d’action des autorités sud-africaines face aux violences.
Dans le sillage des nouvelles violences, le gouvernement nigérian a estimé que «les attaques continues contre les ressortissants nigérians et leurs commerces étaient inacceptables». «Le Nigeria va prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et la protection de ses citoyens en Afrique du Sud», a ajouté Abuja.
L’ANC a condamné, lundi, les violences les qualifiant d’actes inacceptables tout en appelant les services de l’ordre à intervenir avec plus de fermeté.
Les groupes de défense des droits de l’Homme estiment que la réaction des autorités demeurent «faible» face à l’ampleur des violences contre les étrangers.
Ces groupes mettent l’accent sur un changement du discours politique dans un pays qui sombre, d’après eux, dans un populisme xénophobe aux conséquences incalculables.

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